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	<title>Pascal Dupin</title>
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		<title>Donne-moi ta vie &#8211; Chapitre 20</title>
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		<pubDate>Wed, 13 Jul 2011 15:53:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pascal Dupin</dc:creator>
				<category><![CDATA[livre-interactif]]></category>
		<category><![CDATA[docteur]]></category>
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		<category><![CDATA[tuteurs]]></category>

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		<description><![CDATA[C’est difficile d’ignorer ce que ma mémoire me rappelle sans cesse : l’histoire d’une autre vie.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>&#8212; Karim ?<br />
&#8212; Euh&#8230; ouais !<br />
&#8212; Vous comprenez ce que je viens de vous expliquer ?<br />
&#8212; Non !<br />
&#8212; Vos parents souhaitent que nous prenions une décision à votre sujet.<br />
&#8212; Mes parents, quels parents ?<br />
&#8212; Monsieur et madame Alouche, voyons, votre papa et votre maman !<br />
&#8212; Ah bon ?<br />
&#8212; Ils souhaitent que nous vous déclarions définitivement fou à lier&#8230;<br />
&#8212; Pourquoi ?<br />
&#8212; Pour que la justice leur accorde le droit de gérer vos avoirs.<br />
&#8212; Je ne les connais pas.<br />
&#8212; Je sais qu’ils vous ont abandonné très tôt mais ils restent vos tuteurs légaux malgré tout. Qu’en pensez-vous ?<br />
&#8212; De quoi ?<br />
&#8212; De votre état ?<br />
&#8212; Je ne suis pas fou.<br />
&#8212; Tous mes patients disent ça&#8230;<br />
&#8212; Ils le sont ?<br />
&#8212; Pratiquement tous !<br />
&#8212; Alors pourquoi poser la question ?<br />
&#8212; Parce que depuis quatre ans que je vous observe, vous ne cessez de nous surprendre. Vous présentez un cas de schizophrénie indéfinissable, Karim. On vous a amené  dans cet établissement en pleine crise identitaire, rejetant avec violence votre état d’handicapé mental. Votre séjour ici post-traumatique a dévoilé quelqu’un d’autre en vous, beaucoup plus intelligent que ne pouvaient le laisser supposer vos antécédents médicaux. Quelqu’un qui se cachait depuis toujours derrière une infirmité illusoire mais néanmoins paralysante. Vous avez été libéré, Karim&#8230;<br />
&#8212; Cesser donc de m‘appeler Karim ?<br />
&#8212; Acceptez qui vous êtes, enfin ! Faut-il encore une fois vous répéter que la personne que vous prétendiez être, ce Youenn Legallec, le mari de votre ancienne éducatrice, existe bel et bien&#8230; mais il n’a rien à voir avec vous. Je suis désolé.<br />
&#8212; Vous l’avez rencontré ?<br />
&#8212; Oui !<br />
&#8212; Avec ma femme ?<br />
&#8212; Non, pas la votre, la sienne. Quand finirez-vous par admettre que ces personnes n’ont rien à voir avec vous ? Que votre esprit se perd dans une histoire inventée, imaginant partager la vie d’une personne qui vous était proche, pour échapper à son handicap. Maintenant, si vous voulez progresser et vous libérez définitivement de votre passé, je vous conseille d’essayer de l’oublier.<br />
&#8212; C’est difficile d’ignorer ce que ma mémoire me rappelle sans cesse : l’histoire d’une autre vie.<br />
&#8212; Je sais. Il faut persévérer. vous êtes sur la bonne voie.<br />
&#8212; Docteur, pourrais-je sortir, un jour, de cet établissement ?<br />
&#8212; Cela me paraît compliqué mais cela reste dans le domaine du possible. Cela ne dépend que de vous !<br />
&#8212; Pensez-vous que je puisse redevenir ce que j’étais ?<br />
&#8212; Ce que vous étiez : non ! Il est évident que quelque chose a changé en vous. Vous vous êtes débarrassé de cette chape de plomb qui muselait votre intégrité intellectuelle. Mais le risque de sombrer, à nouveau, dans la démence ou la débilité, n’est pas exclu. Il n’y a que le temps qui nous apportera la réponse et les soins que vous recevez ici.<br />
&#8212; Je crois que je prends trop de cachets.<br />
&#8212; Il ne vous appartient pas encore de savoir ce qui est bien pour vous ou non. Faite confiance aux gens qui vous soignent !<br />
&#8212; Mais je ne supporte plus d’attendre.<br />
&#8212; C’est le prix à payer pour votre guérison.<br />
&#8212; Justement, docteur, j’aurais besoin de cet argent quand je sortirai.</p>
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		<title>Dédicaces</title>
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		<pubDate>Sat, 09 Jul 2011 15:06:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[a la une – bloc de droite]]></category>

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		<description><![CDATA[Samedi 4 f&#233;vrier matin, je serais &#224; la biblioth&#232;que de Bessenay pr&#232;s de l&#8217;Arbresle pour faire une pr&#233;sentation de mes romans. &#160;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Samedi 4 f&eacute;vrier matin, je serais &agrave; la biblioth&egrave;que de Bessenay pr&egrave;s de l&#8217;Arbresle pour faire une pr&eacute;sentation de mes romans.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Newsletter</title>
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		<pubDate>Sat, 09 Jul 2011 15:03:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[a la une – bloc du milieu]]></category>

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		<description><![CDATA[Vous pouvez d&#233;sormais vous inscrire &#224; ma newsletter et recevoir une notification pour chaque mise &#224; jour du site ! &#160; Inscrivez vous en bas de page]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Vous pouvez d&eacute;sormais vous inscrire &agrave; ma newsletter et recevoir une notification pour chaque mise &agrave; jour du site !</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Inscrivez vous en <u>bas de page</u></p>
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		<title>News</title>
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		<pubDate>Sat, 09 Jul 2011 14:51:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[a la une - bloc de gauche]]></category>

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		<description><![CDATA[Pascal Dupin participera au salon du livre Danse Avec Les Mots à Saint Marcel-les-Annonay le 10/04/2011]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div><span class="Apple-style-span">&quot;Rendez-vous post mortem&quot; a remport&eacute; le prix litt&eacute;raire de la saison culturelle &quot;</span><span style="font-family: arial, sans-serif; font-size: 13px; " class="Apple-style-span">Les monts du Lyonnais m&egrave;nent l&#8217;enqu&ecirc;te</span><span class="Apple-style-span">&quot;. Merci aux lecteurs qui ont particip&eacute;.<br />
</span></div>
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		<title>Donne-moi ta vie &#8211; Chapitre 19</title>
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		<pubDate>Wed, 20 Apr 2011 17:02:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pascal Dupin</dc:creator>
				<category><![CDATA[livre-interactif]]></category>
		<category><![CDATA[abstinence]]></category>
		<category><![CDATA[altruisme]]></category>
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		<category><![CDATA[victoire]]></category>

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		<description><![CDATA[  L’individu égoïste avec lequel j’envisageais de divorcer avant le drame, se transformait  au fil des jours.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>  Son amnésie, comme un nettoyant magique, supprimait les sales traits de son caractère pour en améliorer les bons. Même sa façon de marcher, de s’exprimer changeait. Youenn devenait calme, posé, attentif et sa diction douce et réfléchie. Il se changeait en quelqu’un d’autre, confusément&#8230; pas quelqu’un en particulier, non, un mélange de plusieurs personnes. De ce mélange bizarre se dégageait une attitude contenue derrière laquelle se cachait une intelligence insondable. L’accident l’avait libéré de ses névroses d’adolescent, révélant des qualités humaines à l’inverse de ce qu’il avait été. Autrefois égoïste, il attachait maintenant de l’importance à quiconque, s’inquiétant du petit problème qu’il sentait poindre derrière tout comportement et écoutait tout un chacun avec beaucoup de curiosité et d’intérêt. Et avec moi, Youenn adoptait une attention encore plus particulière, veillant à prévenir le moindre de mes désirs, enfin presque. Il ne me proposait évidemment pas de faire la vaisselle ou le ménage en prime abord, je voyais bien ce n’était toujours pas son truc mais il n’hésitait pas à donner un coup de main si besoin, lorsque nous recevions des amis par exemple. Des moments qui s’avéraient difficiles pour lui aux premières retrouvailles car, après son hospitalisation, il semblait se méfier de tout le monde, y compris de nos familles respectives. Mais une fois le contact et une certaine affinité renoués, il reprenait le contrôle en maîtrisant parfaitement toutes les attitudes des personnes présentes. Impressionnant et ce, malgré l’oubli des détails de son passé ! Il s’adaptait à chaque situation, se fondait finalement dans la conversation de chacun avec un altruisme déconcertant. Il épongeait tout pour n’en distiller que la crème. Et tout le monde commençait à l’apprécier.<br />
  Pourtant, il restait ce hic entre nous qui perdurait malgré notre entente parfaite, que je mettais sans conteste sur le compte des séquelles de la drogue qu’on lui avait injectée : il ne me touchait plus. Connaissant ses besoins antécédents, je me demandais combien de temps sa libido accepterait cette abstinence. Force fut de constater que ce manque, décuplé par l&#8217;épanouissement de notre couple, m’affecta la première. Je tentais de provoquer ses sens sans en avoir l’air mais ma nudité le mettait mal à l’aise. Il n’osait plus me regarder, comme s’il s’interdisait de le faire. Je stoppais alors toute formes de sensualité par peur de le voir se replier sur lui-même et je redoutais soudain qu’il ne me juge mal ; un comble quand je me rappelais ses envies féroces assouvies souvent unilatéralement. La fièvre m’envahissait, je ressentais profondément le besoin de l’accomplissement charnel. Au lit, il se recroquevillait sur le bord, engoncé dans un épais pyjama d’un autre âge qu’il s’était lui-même acheté.  Mes tentatives de caresse se soldaient par des grognements repoussants. Les rares fois où j’entrevoyais une partie de ce corps qui m’avait déjà tant aimé, faisaient monter en moi un désir brûlant que j’avais de plus en plus de mal à contenir. Ma gorge se serrait, mes seins durcissaient et mon ventre semblait fondre intérieurement. Alors me venait un horrible doute. Les médecins, en se trompant déjà sur son amnésie, auraient-ils négligé de vérifier les effets pervers du médicament administré à son insu dans son organisme ? Youenn était peut-être devenu impuissant ? Il ne m’en parlait pas et je n’osais aborder le sujet. Sa métamorphose provenait-elle des effets de sa perte de virilité ? Je devais en avoir le cœur net. On ne pouvait pas rester dans cette situation. Tôt ou tard, cela finirait par nuire immanquablement à notre couple et je ne le souhaitais plus du tout.<br />
  J’avais essayé de bien préparer mon coup. Laurent, un ami coiffeur qui réalise des merveilles avec ses ciseaux me défia pour un changement de look complet. Banco pour mettre tous les atouts de mon côté ! Le sacrifice d’une longueur de mes cheveux consenti, je ressorti de chez lui avec une nouvelle coupe déstructurée à la mode du moment. La nuque dégagée, des pointes sur la frange pour masquer une partie de mon regard augmenteraient le mystère de mes sentiments. Une robe magnifique achetée dans une boutique de prêt-à-porter que j’évitais d’habitude pour ne pas plomber mon budget, conclut la transformation. Voilà, j’étais en ordre de bataille pour lui plaire.<br />
  A mon retour, il se montra aimable et se fendit d’une petite remarque inhabituelle sur ma coiffure et ma tenue. Je crus déceler dans son regard une petite étincelle vite reléguée aux oubliettes par cette sorte de crainte qui l’affectait dès que nos rapports devenaient émotionnels. Après, son attention se réfugia hermétiquement derrière la double page de son journal, comme s’il devinait mes intentions. J’hésitais à me lancer. L’air de rien, je m’occupais à ranger quelques bricoles avant de trouver le courage. Mes coups d&#8217;œil discrets le trouvaient si beau avec cet air sérieux qu’il prenait dorénavant dans ses lectures. N’y tenant plus, sentant qu’il m’observait à la dérobé, je passais derrière lui. Quel plaisir prenait-il à cette rubrique médicale ? Il y avait mieux à faire. Ma main s’attarda par une vieille habitude dans ses cheveux. il se raidit tandis que je lâchais ma phrase toute prête. Il bafouilla, dans un émoi palpable. Mon argumentaire me parut dérisoire tout à coup, je n’avais pas à lui laisser le choix. Je l’agrippais et l&#8217;entraînais dans la chambre. Ses réticences tombaient par pans entiers, sa vulnérabilité le rendait encore plus attirant. Je l’éjectais sur le lit dans un geste de triomphe. Ma robe rejoignit le parquet, son regard ne pouvait plus s’échapper. Il me dévorait des yeux d’un air vaincu et je ressenti, au plus profond de moi, son désir. Mon corps rejoignit le sien sans que je puisse plus rien maîtriser.<br />
  Mon premier orgasme explosa comme une victoire. J’avais enfin réussi à libérer Youenn de son blocage. Jamais, je n’avais éprouvé autant d’excitation, comme une première fois. Refaire l’amour avec lui était génial et partagé. Une sorte de communion exaltait nos ébats comme jamais auparavant, pas même au début de notre rencontre. Trop jeunes peut-être&#8230; Chacun de nous tentait d’atteindre la limite de ce qu’il pouvait donner à l’autre, avec pour unique résultat de le satisfaire. Pourtant, cela ne m’avait pas été facile de l’obliger à s’abandonner, à la limite du viol. Ses réticences avaient cédé d’un coup, comme un déclic dans son subconscient. Un déclic qui concrétisait ces dernières semaines de bonheur. Maintenant que tout rentrait dans l’ordre, j’allais pouvoir mener ma prochaine bataille.</p>
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		<title>Donne-moi ta vie &#8211; Chapitre 18</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Mar 2011 15:31:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pascal Dupin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[   Mon adaptation se déroula finalement mieux que je ne le craignais. Je parvenais presque à mener une vie normale, enfin la sienne... pas la mienne.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>   Mon adaptation se déroula finalement mieux que je ne le craignais. Je parvenais presque à mener une vie normale, enfin la sienne&#8230; pas la mienne. Ce second transfert m’avait débarrassé des tics pathologiques de ce pauvre Karim. Le corps svelte de Youenn, lui, ne souffrait d’aucun reproche. Les deux yeux profonds de son visage fin me toisaient dans la glace à chaque occasion qui leur était donnée. « Que fais-tu là ? » me reprochaient-ils. Heureusement, toutes ses fonctions physiques n’entravaient pas mon ingérence.<br />
   Au garage, ses gestes gardaient, comme par réflexe, l’efficacité du travail manuel, comme une étonnante aptitude gravée dans sa mémoire musculaire. L’étude théorique de la mécanique dans tous les bouquins que j’avais pu ingurgiter me permirent de combler partiellement mon déficit en la matière. Je souffrais seulement du manque d’expérience et de la connaissance de toutes les astuces et combines qui vous simplifient la vie quand on met le nez dans un moteur de voiture. Heureusement, mon amnésie pardonnait beaucoup de mes erreurs au yeux de mes collègues et du chef d’atelier. Ma bonne volonté et un peu d’humour judicieusement distillé finissaient de mettre au second plan une partie de mes lacunes. Chacun se faisait un devoir de m’apporter son aide par compassion, surtout Momo qui surveillait mes démontages au plus près pour intervenir à la moindre bavure. Je lui devais une fière chandelle. Il me tira d’un bon nombre de mauvais diagnostiques et de blocages. Je pensai que lui et Legallec devait être copains avant mon ‘‘arrivée’’, malgré notre différence d’âge, et qu’il se faisait un devoir de ne pas me laisser dans la galère. En fait, j’appris plus tard que Maurice avait été le tuteur de Youenn dès son apprentissage et, qu’à ce titre, il continuait de veiller sur son poulain, plus par conscience professionnelle que par amitié, et peut-être un peu par peur du ‘‘qu’en dira-t-on ?’’. Ce qui fait que côté travail, je nourrissais désormais moins de craintes d’éveiller des doutes. J’espérais cependant ne pas moisir dans ce boulot qui me passionnait moyennement. Si ma forfaiture m’en laissait le temps.<br />
   Il avait fallu également que je me transforme d’urgence en cambrioleur pour récupérer mon matériel dans la cave de ma maison ; quelle ironie du destin que de devoir se voler soi-même. Par prudence, je disposais toujours d’une clef cachée dans le jardin. Clef que je gardais précieusement à présent sur mon trousseau pour achever plus tard le transfert de quelques appareils. Malheureusement, la famille Alouche débarqua prématurément pour prendre possession de leur ‘‘héritage’’ avant que je puisse terminer. S’ils n’avaient guère apprécié l’indifférence affichée par Julie et Karim en sortant de chez le notaire le jour de la lecture du testament, les parents de l’handicapé n’eurent aucun scrupule à venir occuper les lieux à la place de leur fils, sans se soucier le moins du monde de son sort ni même tenter de lui rendre visite. Il était probablement bien soigné à l’asile, bien mieux ailleurs que dans leurs pattes pour profiter de cette demeure gratuitement. Seul ombre au tableau relatée par Julie, ils n’avaient pas le droit de toucher au pactole que j’avais laissé à Karim placé sur un compte bancaire par le notaire, tant que son état ne serait pas définitivement classé sans espoir. Nul doute qu’ils n’allaient pas tarder à amener l’affaire devant un tribunal pour faire progresser les choses. Finalement, je m’en moquais. Cet argent ne m’appartenait plus, échangé contre la folie d’un homme. J’aurais seulement préféré que cette somme aille dans de meilleures mains.<br />
   Par contre, je ne pouvais pas poursuivre mes expériences dans la cave minuscule de notre immeuble et il était impensable d’installer mon équipement dans l’appartement. Comment justifier d’une telle activité à Julie ? Si je désirais toujours laisser une piste de guérison des affections mentales aux générations futures, il fallait que je trouve un moyen pratique et plus que discret. Deux se présentaient à moi : soit je me rabattais sur la location d’un petit atelier à l’insu de mon entourage, pas facile financièrement actuellement vis à vis des ressources du ménage Legallec, soit j’envisageais la séparation d’avec Julie. Confusément, je n’en avais pas envie, pour le moment. Et même si je parvenais à remettre en service mon matériel ; sur le plan technique, je n’entrevoyais pas de solution pérenne garantissant une sécurité pleine et entière contre la découverte du transfert de vie. Comment parvenir à un résultat tout en écartant définitivement la possibilité que quelqu’un n’aboutisse au même résultat que moi : prendre la place d’un autre en toute impunité ? Comment palier au passage de témoin scientifique sans mettre le pied à l’étrier à de criminelles intentions ? L’histoire était remplie de ces découvertes pacifiques transformées en abominable machines de guerre. Ma nouvelle jeunesse me permettrait, peut-être, un jour, de résoudre ce problème en évinçant tout risque. J’avais suffisamment frôlé la catastrophe par deux fois&#8230; et encore, il restait la menace Karim.<br />
   Vivre en couple s&#8217;avérait la partie la plus délicate de ma nouvelle existence. On ne change pas instantanément les habitudes d’un vieux garçon et la solitude qui l’a accompagnée durant des années. Comme ces choses qui changent de place toutes seules, cette nouvelle façon de m’habiller : jeans troués, tee-shirts à la gloire de groupes musicaux et blouson de cuir, bien loin de mes pantalons en velours côtelés, autres charentaises et chemises à carreaux repassées à quatre épingles par Maria. A l’usage, je finissais par me sentir quand même plus à l’aise dans ses baskets que dans les habits communs et défraîchis de karim, si le choix m’en eu été donné. Et puis me pesait l’intimité du couple avec les détails secrets d’une vie à deux et cette complicité nécessaire au partage du temps. Mon usurpation y souscrivait avec répugnance. Heureusement Julie se montrait patiente et ne brusquait rien. Ma convalescence durait et elle l’acceptait. Je sentais bien qu’il lui manquait l’essentiel : l’accomplissement total d’une tendresse mutuelle. Mais je ne pouvais dépasser avec elle le stade d’une simple vie en communauté. Je ressentais un sentiment horrible de trahison à l’idée de piquer à Youenn, après son propre corps, celui de sa femme&#8230; mais surtout de la tromper, elle, plus profondément encore. En ces moments d’affreux dilemmes, je me traitais de meurtrier d’handicapé, de voleur de vies, de lâche et de menteur pour me faire revenir à ma véritable condition. Malgré tout, j’aurais voulu rendre à cette femme tout ce qu’elle donnait aux autres, à ces enfants en particulier et cette compassion que j’avais su déceler chez elle, depuis ses premières visites avec Karim à mon cabinet. Lui rendre ce bonheur qu’elle essayait aussi de distiller entre nous malgré ses doutes actuels et ses angoisses passées. Cela me faisait peur, souvent, et envie, parfois, malgré l’interdit.<br />
   Un samedi après midi, alors que je lisais tranquillement le journal sur le fauteuil du salon ; j’évitais le canapé de peur qu’elle ne vienne se coller à moi, Julie se mit à tourner dans la pièce sans parvenir à se décider. Elle feignait de s’occuper en tergiversant : comment remettre le rideau en place, ranger tel objet de décoration sans vraiment de conviction ou simplement éteindre ou allumer la télévision. Je la sentais hésiter à m’aborder, malgré sa nouvelle coiffure effilée qui lui allait à ravir et cette jolie robe qui la moulait parfaitement. La tension montait palpable depuis plusieurs jours, elle demandait plus et j’en étais conscient. Je ne pouvais pas échapper sans cesse à la confrontation. Tant pis pour ce qui allait arriver, mettre les choses au point une bonne fois pour toute ! Je me résignais à poser le quotidien sur mes genoux pour scruter sa silhouette furtive balayant le contre-jour de la fenêtre. Notre relation arrivait à un instant crucial. Profitant de mon attention, elle se décida et vint se plaquer au dossier du fauteuil derrière moi. D’un geste, elle caressa mes cheveux, m’arrachant un tressaillement sur tout le corps :<br />
&#8212; Mon chéri, je ne peux plus continuer comme ça, je suis désolée !<br />
&#8212; Je ne comprends pas ce que tu veux, répondis-je maladroitement, je&#8230; je me sens bien avec toi !<br />
&#8212; Justement !<br />
   Elle me prit brusquement la main et m’entraîna dans la chambre. Dans ma confusion, les feuilles du journal m’échappèrent et s’étalèrent sur le sol. Ce désordre ne l’arrêta pas. Je commençais à trembler à l’idée de ce que j’avais mille fois imaginé, craint mais peut-être inconsciemment désiré. Comment refuser ? Dès la porte franchie, elle se jeta sur moi et m’embrassa goulûment. Je me raidis, gauche et empoté mais sa langue fît monter en moi une sensation intense. Malgré tout, j’essayais de m’extirper de son étreinte. Elle recula soudain et entreprit de me dévêtir avec férocité ; je restais tétanisé. Elle me poussa brutalement sur le lit et fit tomber sa nouvelle robe de ses épaules. Elle ne portait rien dessous en préméditation de son geste. Plantée nue devant mes yeux embués, elle se révéla encore plus belle que dans mes rêves, plus belle que celle que j’imaginais déjà lors de nos premières rencontres professionnelles. Dieu sait pourtant qu’elle essayait vainement de m’exciter en exposant ses atouts désirables par tous les moyens possibles : dans la salle de bain, avant de se coucher, en se frottant dans le lit. Elle avait employé nombres d’astuces suggestives pour réveiller en moi des velléités sexuelles oubliées depuis fort longtemps. Mais chaque fois, mon regard et ma bouche, tout mon corps se dérobaient pour ne pas succomber. Mais cette fois, elle me contraignait sans échappatoire, d’autant qu’une érection incontrôlée déforma mon caleçon moulant. Un sourire rassuré se dessina sur ses lèvres. N’y tenant plus, elle fît glisser ce dernier rempart le long de mes jambes paralysées et m’enfourcha sauvagement. Une vague de plaisir décupla mes sens quand elle me prit en elle. Un plaisir oublié si fort que la pensée de ma traîtrise ne parvint pas à combattre. La joute dura peu de temps mais nous laissa pantois tous les deux, serrés l’un contre l’autre pour prolonger la volupté de l’orgasme. En cet instant, je remerciais, sans plus d’état d’âme, le destin et ma diabolique machine qui avait permis cette résurrection, qui m’avait permis de connaître à nouveau cette indicible extase des sens. Dame nature, dans ce qu’elle avait parfait le plus au monde pour perpétrer l’évolution des espèces, m’accordait de nouveau ce privilège effacé de ma vielle mémoire depuis plus de quarante ans au moins. Je renonçais à compter&#8230; pour vivre enfin.<br />
Nous passâmes le reste du week-end à renouveler maintes fois nos étreintes, quittant uniquement le lit conjugal pour des collations vite avalées après un tour au micro-onde. Chaque retour sous la couette déclenchait des rires de connivence et embrassades effrénées. Je dois reconnaître que le corps de Youenn assurait, après des mois d’abstinence. Les remords m’avaient complètement quitté. Avant notre dernier sommeil dominical, Julie se lova contre moi et me susurra à l’oreille :<br />
&#8212; Je suis tellement heureuse. J’espère qu’un jour tu seras en état de me dire pourquoi tu as changé aussi radicalement&#8230;<br />
   Je ne répondis pas. J’espérais tellement avoir, un jour, la possibilité de soulager ma conscience et d’avouer la vérité à quelqu’un, principalement à elle. Mais je savais que je ne sortirais jamais de l’impasse, qu’importe. Épuisé et comblé, je m’endormis en la tenant précieusement dans mes bras, laissant derrière moi mes craintes et mes inhibitions face à cette nouvelle vie qui s’offrait sans retenue. Youenn et Julie méritaient le sort que je leur avais réservé malgré moi. Maintenant, j’avais bien l’intention de profiter de cette nouvelle chance, ne fut-elle que provisoire.</p>
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		<title>Donne-moi ta vie &#8211; Chapitre 17</title>
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		<pubDate>Sun, 27 Feb 2011 14:11:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pascal Dupin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[   Ces enfoirés avaient raison : il était fou. Seulement les drogues qu’on lui administrait m’anesthésiaient le cerveau à travers lui, à tel point que je flottais en permanence dans un univers cotonneux et vide, un peu comme quand je fumais des trucs avec mes potes dans des endroits musique, quand l’alcool n’y suffisait pas.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>   Ces enfoirés avaient raison : il était fou. Seulement les drogues qu’on lui administrait m’anesthésiaient le cerveau à travers lui, à tel point que je flottais en permanence dans un univers cotonneux et vide, un peu comme quand je fumais des trucs avec mes potes dans des endroits musique, quand l’alcool n’y suffisait pas. Les seuls moments d’un temps soit peu de lucidité intervenaient certains matins au réveil, quand les effets des cachets de la veille s’évanouissaient trop vite dans ses veines. Là, seulement, remontaient à la surface les bribes de mes souvenirs, de ma vie d’avant cette prison humaine. Je m’appelais Youenn Legallec, grand champion automobile, marié à cette pute de Julie. Je me rappelais la cambriole avec  Ludo le judas, l’étrange ordinateur de cave, la première piqûre de transmutation, l’ambulance haineuse où des tout-blancs me pénétraient la chair. Ces matins là, je regardais les parties de ce corps qui me composaient à présent et j’entrais en crise, comme ils disaient, systématiquement. Il n’y avait pas long pour les voir débouler avec leur seringue à la con dès que je gueulais pour qu’il me régurgite&#8230; de peur qu’il ne finisse par me digérer complètement. Les tout-blancs me guettaient, attendant juste le signal pour éviter que je ne m’échappe. Après, retour dans les nuages vaporeux, débarrassé momentanément de toute raison dans cette maudite carcasse !<br />
   La cellule n’était pas très grande. Dès que je le pouvais, je forçais l’individu à faire le tour des parois rembourrées, cherchant le bon endroit pour lui défoncer la tête, histoire de calmer ses attaques. Heureusement, ses bras ne pouvaient pas se défendre, emmaillotés dans une toile serrée autour de la poitrine qui l’obligeait à respirer fortement. Cette oppression m’obligeait sans cesse à la contrôler. D’ailleurs, je ne faisais que ça : le contraindre à respirer pour maintenir l’étreinte ; le but, l’unique combat de ma journée. L’automaticité de ses poumons ne fonctionnait plus tout seul, je devais être vigilant et régulier, sinon l’étouffement vicieux nous guettait dans un coin de la pièce et le laisserait libre de m’emporter définitivement. Et puis, ce lit qui l’emprisonnait plus de deux tiers de ma journée et qui ne le lâchait que pour mieux le reprendre à la moindre alerte, au premier soupçon d’agression envers moi. J’appartenais désormais à l’un comme à l’autre mais, heureusement, aucun des deux ne parvenaient à posséder mon esprit.<br />
   Quelquefois, la hauteur nuageuse baissait imperceptiblement sur plusieurs jours. Je parvenais, alors, à distinguer, en bas, quelques raisons indistinctes, ici et là. Rien de probant mais elles chatoyaient ma conscience subrepticement et laissaient entrevoir une partie de ma condition. D’autres tout-blancs survenaient ensuite, m’apostrophaient de leur Karim par ci, Karim par là&#8230; Lâchez-moi avec cet handicapé ! Lui, j’ai pas eu le temps de l&#8217;amocher mais ce n’est que partie remise, quand je me serai débarrassé de l’autre. Ils repartaient alors en secouant négativement la tête et le sol s’éloignait de nouveau, jusqu’à l’altitude standard de vol. Qu’importe ce qu’ils pensaient, ce n’était pas moi. Ils pouvaient bien me faire tout ce qu’il voulaient, ils se trompaient de mec. Je pouvais les aider à me trouver mais, pour ça, il aurait fallu qu’ils me laissent faire, sortir de l’enveloppe, la détruire et redevenir mon avant. Mais ils ne comprenaient pas, l’autre les subjuguait et les empêchait de me voir.</p>
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		<title>Donne-moi ta vie &#8211; Chapitre 16</title>
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		<pubDate>Mon, 14 Feb 2011 17:46:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pascal Dupin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[  Force me fut de constater que l’amnésie de Youenn n’était pas feinte et que les séquelles se révélaient plus conséquentes que ce que le rapport médical laissait supposer.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>  Force me fut de constater que l’amnésie de Youenn n’était pas feinte et que les séquelles se révélaient plus conséquentes que ce que le rapport médical laissait supposer. Ce dernier concluait de manière sceptique à une perte de mémoire partielle, doute qui avait conduit les flics à le faire garder un peu plus longtemps en observation, en vain. Pour eux, il restait possible que Youenn simule pour éviter de répondre à des questions qui pouvaient s’avérer embarrassantes. Mais ce qui avait le plus frappé les médecins et par contagion, intrigué les flics, c’était le rapport des derniers examens psychologiques qui soulignaient chez Youenn une intelligence entraînée à échapper aux pièges glissés à l’intérieur des questions. Capacité que les antécédents scolaires et sociaux de mon mari ne pouvaient expliquer.<br />
  Pour moi, depuis son retour à la maison, son état ne faisait plus aucun doute. Il avait oublié plus que les derniers événements vécus et le diagnostique d’une amnésie partielle sous-évaluait le véritable traumatisme. Il ne se souvenait plus jusqu’à la place des choses dans l’appartement. Il occultait même les souvenirs importants de notre vie commune et me demandait sans cesse de lui rappeler les événements marquants. Il se montrait avide de photos de famille. La drogue qu’on lui avait administrée l’avait changé. Il se montrait prévenant, attentif à tout ce que je pouvais dire ou faire. Il ignorait carrément sa console de jeux à laquelle, pourtant, je l’invitais à rejouer pour le stimuler. Par contre, il dévorait toujours ses magasines auto, se plongeait dans les manuels d’entretien mécaniques en s’excusant maladroitement de devoir bientôt reprendre le travail. Il avait peur d’avoir oublié toutes ses connaissances.<br />
  Je le sentais fragile et distant, aux aguets en permanence et détournant les yeux systématiquement dès que je les recherchais. Mon homme ne ressemblais plus en rien au Youenn supérieur et sûr de lui qui avait partagé ma vie jusqu’à aujourd’hui, mais j’en éprouvais beaucoup de joie et de soulagement. J’avais préféré faire chambre à part dans un premier temps, pour le laisser se reposer. Il ne me réclamait plus de faire l’amour, même après six jours d’abstinence. Privation sexuelle qu’il ne tolérait, avant, qu’à l’établissement de mes règles et qu’il surveillait de près pour vérifier que je ne lui faisais pas un petit dans le dos. Non, Youenn avait changé du tout au tout, en beaucoup mieux mais cela ne me rassurait pas complètement. Quelque chose clochait mais j’espérais que ça dure.<br />
  Je pris l’initiative de me rendre au garage pour expliquer à son patron l’état dans lequel il allait le retrouver. Il me promit d’user de patience dans un premier temps avec lui. Il avoua que Legallec était un bon élément et n’avait pas envie de le perdre, malgré ses fréquentes sautes d’humeur. Mais s’il constatait que son employé ne retrouvait pas rapidement ses marques, il se verrait obliger de se séparer de lui pour faute professionnelle. Le message était clair. Je jugeais préférable de ne pas en parler à Youenn, j’espérais seulement avoir gagné juste le peu de temps qui lui permettrait de se remettre en selle, au cas où mes craintes s’avéraient.<br />
  En reprenant le chemin des Magnolias après une semaine de congés gracieusement accordés par mon directeur, difficile de retrouver la sérénité. Cela m’ennuyait de laisser Youenn seul mais il fallait bien qu’il recommence à se débrouiller. Et personne, au centre, ne pût me donner des nouvelles de Karim. Il manquait tellement dans les couloirs de l’établissement. Je ne réussissais pas à obtenir l’autorisation d’aller le voir. Le refus des autorités, les conseils de raison de mes collègues et la convalescence de Youenn m’obligeaient à différer mes tentatives. J’étais très inquiète pour lui, je savais qu’il ne supporterait pas longtemps l’emprisonnement dans les conditions d’un asile. Heureusement, d’autres enfants handicapés avaient besoin de moi et nécessitaient toute mon attention.<br />
  Les jours passaient et, à la maison, ma méfiance envers le comportement de Youenn commença à s’estomper graduellement. Son caractère avait radicalement changé. Il se montrait prévenant et intéressé ce que je faisais ou racontait et toute cette attention me ravissait. Il posait énormément de questions et se montrait de plus en plus détendu au fur et à mesure que le temps passait. L’inquiétude laissait la place à un peu plus de joie de vivre même si quelques réticences bloquaient encore des pans de notre relation. Il avait repris son boulot et cela semblait ne pas trop mal se passer, pour le peu qu’il voulait bien me rapporter. Étrangement, lors de nos sorties, il me laissait systématiquement le volant, chose impensable qu’il n’aurait jamais tolérée avant.<br />
  Par contre, il ne me touchait toujours pas&#8230; Tout juste, m’embrassait-il furtivement sur le front le soir après notre retour du travail. J’avais pourtant réintégré le lit conjugal. Sous la couette, je ressentais son embarras dès qu’une partie de nos corps entrait en contact. Il se tapissait au bord du lit pour m’éviter. Ne m’aimait-il plus alors que tout montrait le contraire ? Pourtant, avant, j’avais l’impression que pour lui, l’amour n’entrait que très peu en ligne de compte dans nos rapports physiques. Il me contraignais souvent à remplir le devoir conjugal même si je n’en avais pas envie et se fichait pas mal de savoir si j’atteignais l’orgasme dans ces conditions. Maintenant, ce partage sensuel manquait pour parfaire la métamorphose de notre intimité. Je me demandais si la drogue qu’on lui avait administré n’entraînait pas des  pertes de capacités érectiles ? Il n’osait en parler et j’évitais de le questionner pour ne pas le mettre mal à l’aise. Mais l’amour que je sentais renaître entre nous exacerbait mon envie de partager plus qu’une simple compagnie. Je devais me montrer patiente et tempérée, tout finirait bien par rentrer dans l’ordre. Si besoin, je prendrai contact avec son médecin pour trouver une thérapie et un subterfuge pour l’amener à la suivre.<br />
  En regardant en arrière, je me disais finalement que, outre l’internement de Karim qui me chagrinait encore énormément, cette histoire avait finalement produit ce que j’attendais depuis notre mariage. Youenn avait mûri et pris conscience de ses responsabilités. Il était enfin devenu le mari que j’espérais et avec lequel j’envisageais, dorénavant, un avenir plein de promesses, si les effets ne se dissipaient pas.</p>
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		<title>Donne-moi ta vie &#8211; Chapitre 15</title>
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		<pubDate>Sun, 16 Jan 2011 16:04:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pascal Dupin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Deux jours passèrent avant que je ne sois autorisé à réintégrer le domicile conjugal. Découragés par mon amnésie, docteurs et policiers renoncèrent, non sans regret, à obtenir plus de renseignements de moi.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Deux jours passèrent avant que je ne sois autorisé à réintégrer le domicile conjugal. Découragés par mon amnésie, docteurs et policiers renoncèrent, non sans regret, à obtenir plus de renseignements de moi. Une affaire chassant l’autre, les flics se résignèrent alors de considérer leur première analyse comme la bonne pour se consacrer à une enquête plus concrète. Analyse qui me convenait parfaitement. Et l’hôpital, faute de trouver une cause fiable à mon trou de mémoire, se débarrassa également de moi pour libérer la chambre. Bluffer tout ce beau monde avait été un jeu d’enfant avec mes antécédents professionnels, même s’il avait duré plus que je ne le pensais.<br />
A l’asile, les spécialistes avaient définitivement persuadé les forces de l’ordre que l’handicapé avait basculé dans un état de folie irréversible issue de ses antécédents génétiques. Son traumatisme lié à l’attaque des gamins n’avait fait qu’anticiper l’inéluctable. La tentative de viol relevait d’un syndrome de vengeance exacerbé par des déficiences neurologiques complexes. La belle connerie ! Le diagnostique des médecins de l’établissement psychiatrique allaient dans le sens du rapport policier et arrangeait tout le monde&#8230; moi le premier et heureusement. D’autant que Karim souffrait d’un délire schizophrénique aigu depuis son admission. Son état nécessitait un isolement total et un traitement lourd pour calmer ses périodes de démence. Paraît qu’il se prenait pour moi&#8230; Les conclusions sur son état de santé se montraient pessimistes sur une éventuelle guérison sinon à très long terme. Ce qui m’arrangeait bien. L’absence de plainte de notre part et l’état du présumé coupable dédouanait la justice de toute instruction de l’affaire. J’étais tranquille de ce côté là.<br />
Tant pis pour lui !<br />
Cette fois, l’urgence de sauver ma peau mais surtout celle de Julie ne m’avait pas trop laissé le choix. Coincé dans la cave, l’échange m’était apparu comme la seule solution et même si le dénouement actuel m’en donnait raison, je me retrouvais à présent dans une situation des plus inconfortables.<br />
Je me remémorais sans cesse la scène pour me justifier. Tout avait été une question de temps. J’avais réussi à endormir Legallec pour une vingtaine de minutes tout au plus, dosant la quantité de produit pour un poids estimé à soixante quinze kilos, d’après sa corpulence entrevue dans la salle à manger. Quant à moi, le corps de Karim devait rester plus longtemps inconscient si je voulais avoir le temps de régler ma mise en scène après mon transfert. Bien sûr, je n’avais pas pris en compte le fait que cela pouvait rater. Persuadé qu’il n’existait aucune solution, j’avais pourtant agi contre mon instinct en soufflant sous l’effort pour installer Legallec dans un des fauteuils. Ma nouvelle jeunesse biologique noyait mes vieux réflexes de prudence sous un flot d’insouciance incontrôlée et m’autorisait l’impensable. Les bonnets phrygiens en place, je m’injectais pour une demi-heure de liquide somnifère avant que l’ordinateur n’enclenche la séquence. Une fois encore, je jouais à l’apprenti sorcier.<br />
Ce fût comme si mon sommeil n’avait duré que quelques secondes. Ma première réaction porta mon regard sur ma droite. Karim dormait profondément avec, à l’intérieur,  sans nul doute, cette bête immonde de Legallec. Quelle serait sa réaction à son réveil ? Je n’osais l’imaginer. Il allait devenir fou. J’allais l’attacher quand une sirène de police retentit graduellement pour finalement s’arrêter tout proche. Nom de Dieu, déjà ! Quelqu’un les avait prévenus. Je n’avais plus le temps de rien. J’allongeais Karim par terre, rangeais à la hâte tout ce que je pouvais pour ne pas éveiller le moindre soupçon sur mon matériel. A peine le temps de me coucher également qu’un gars armé débarquait dans la pièce. Je feignis de me réveiller dans l’ambulance sous les nombreuses claques de l’infirmier. Après, l’hôpital, l’interrogatoire interminable des policiers qui ne purent rien tirer de moi. Feindre l’amnésie me parut la meilleure défense pour éviter de révéler le détail qui ne colle pas. Mon expérience de psychiatre facilitait l’exercice pour contrer les questions âpres et ciselées des docteurs et des flics. Le produit retrouvé dans mon sang inquiéta peu de temps le corps médical. Comme mon métabolisme semblait l’avoir digéré, je ne fus convié qu’à venir passer une visite de contrôle dans une semaine.<br />
Je me retrouvais à présent chez cet homme, en convalescence&#8230; chez eux devrais-je dire car Julie était omniprésente les premiers temps. Cette semaine de repos et la reprise de travail de Julie me permirent de m’intégrer doucement dans l’univers des Legallec. J’avais besoin d’assimiler un maximum de choses et de souvenirs pour supporter le contrôle quotidien de mes faits et gestes. Heureusement, la fatigue et mon amnésie prétendues excusaient nombre de trous de mémoire embarrassants. La situation la plus éprouvante fût la visite de ‘‘mes parents’’. Après l’embrassade hésitante, le malaise s’installa quand papa et maman se mirent en tête de me guérir en me remémorant tous les moments importants de sa jeunesse. Usant d’une attention infinie envers ces inconnus, je renchérissais en récitant les bribes des seuls souvenirs que Julie m’avais brièvement évoqués, sans leur apporter de vrais soulagements. Quel jeu abject je servais à cette mère et à ce père en les privant de leur véritable enfant, même si celui-ci était devenu un monstre !<br />
Avec Julie, je ne savais pas trop comment me comporter. Il me paraissait évident que leur couple battait de l’aile depuis longtemps déjà. Que l’amour ne devait pas être réciproque des deux côtés puisque Youenn était décidé à la tuer, simplement pour toucher une prime d’assurance-vie. D’ailleurs, à mon grand soulagement, l’épouse couchait dans la chambre d’amis. Depuis peu, certainement, car ses affaires demeuraient encore dans la ‘‘mienne’’. J’essayais d’être relativement effacé, profitant de mon état pour donner le change mais je sentais bien qu’elle se méfiait. De quoi doutait-elle exactement ?<br />
Ma situation n’allait pas tarder pas à se compliquer davantage avec mon retour à son boulot de mécanicien, au milieu de gens et de technique dont j’ignorais tout. Je n’avais jamais été très habile de mes mains. Après le transfert en Karim, je pouvais facilement dissimuler mon imposture derrière son handicap. Là, c’était nettement plus délicat.<br />
Je me dis que seul le temps pouvait tout arranger mais il y avait une chose pour laquelle je n’en disposais peut-être pas. Je devais me dépêcher de récupérer mon matériel avant que la famille Alouche n’investisse ma demeure léguée à leur fils. Ma connaissance des lois en matière d’usufruit des biens de son enfant pendant un internement était nulle mais le risque me paraissait évident. Si ce n’était eux, quelqu’un d’autre pouvait investir les lieux.<br />
Quant à mon couple, le mieux semblait peut-être que Youenn se sépare de Julie.</p>
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		<title>Donne-moi ta vie &#8211; Chapitre 14</title>
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		<pubDate>Thu, 23 Dec 2010 16:04:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pascal Dupin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Quand je revins à moi, une douleur intense m’irradiait les côtes et le haut du crâne. J’initiai une grimace, quelque chose empêchait ma bouche de se tordre. J’essayais de bouger mais le cisaillement autour de mes poignets et de mes chevilles me paralysait. Je me rappelai soudain. En pénétrant dans la maison, quelqu’un m’avait assommée...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Quand je revins à moi, une douleur intense m’irradiait les côtes et le haut du crâne. J’initiai une grimace, quelque chose empêchait ma bouche de se tordre. J’essayais de bouger mais le cisaillement autour de mes poignets et de mes chevilles me paralysait. Je me rappelai soudain. En pénétrant dans la maison, quelqu’un m’avait assommée&#8230; et ligotée par la suite. La joue plaquée le sol, mes yeux parcoururent l’horizon carrelé. Effarée, je reconnus, à quelques centimètres seulement de mon visage, la dentelle déchirée de ma culotte. Je tournai la tête avec difficultés et constatai avec effroi la nudité de tout le bas de mon corps. Une déduction irradia ma pseudo torpeur : non, pas ça&#8230;, Karim ! Son changement de comportement depuis peu, ses regards gênés. Il m’avait emmenée ici pour abuser de moi. Je balayais le reste de la pièce : j’étais seule. Un téléphone trônait sur le meuble à chaussures dans le hall. Je rampais comme je pouvais, maîtrisant la douleur, jusqu’à lui. Je parvins à faire tomber l’appareil à terre en coinçant le fil entre mes genoux. Mon ventre amortit la chute en m’arrachant un cri étouffé. Après plusieurs tentative, je parvins à composer le 17 avec le bout de mon nez. Quelques secondes plus tard, une voix nasillarde s’égosillait à l’autre bout sans obtenir rien de plus que des murmures assourdis en réponse. Inquiet, le standardiste déclencha l’intervention.<br />
Localisant l’appel, les flics arrivèrent dix minutes plus tard. Trois fonctionnaires débouchèrent prudemment, dans le couloir, l’arme prête à dégainer. Impuissante, couchée par terre, j’essayais de cacher au mieux mon intimité. Un des policiers défit aussitôt mes liens :<br />
&#8212; Qu’est ce qu’il s’est passé Madame ?<br />
&#8212; Je suis venu ici avec un des pensionnaires handicapés des Magnolias. Je suis son éducatrice. On m’a assommé, je ne me souviens de rien.<br />
&#8212; Est-il encore là ?<br />
&#8212; Je ne sais pas !<br />
Analysant la situation, il donna des ordres et m’entraîna dehors à l’abri du fourgon. Les deux autres commencèrent la fouille avec précaution, le pistolet pointé vers un assaillant potentiel. Deux minutes plus tard, une voix s’éleva du sous-sol à l’intention de ses collègues :<br />
&#8212; J’ai deux individus inanimés ici, appelle des ambulances !<br />
Le reste se passa sans moi. Emmenée au commissariat, j’attendis trois heures interminables avant d’être de nouveau interrogée. A leur entrée dans la salle, la mine grave des fonctionnaires ne me dit rien qui vaille :<br />
&#8212; Madame Legallec, nous sommes un peu perplexes. Quelles étaient les raisons de votre présence chez feu le docteur Rastignac ?<br />
&#8212; Je vous l’ai dit : Karim Alouche est l’un de mes malades. Il vient d’hériter de cette maison et m’a demandé de l’accompagner pour voir dans quelles conditions il pourrait s’y installer. J’avais l’accord de mon directeur.<br />
&#8212; Et vous ne vous êtes pas méfiée ?<br />
&#8212; Je m’occupe de Karim depuis de nombreuses années. C’est un être très doux.<br />
Les flics esquissèrent simultanément le même sourire :<br />
&#8212; Ce n’est plus un enfant, madame Legallec ! En ce moment, il est complètement enragé dans sa cellule, on ne peut même pas l’approcher. Vous l’entendez pas gueuler ?<br />
Je tendis l’oreille, des hurlements indistincts parvenaient à traverser les cloisons. Un frisson d’angoisse me parcourut.<br />
&#8212; Vous l’avez arrêté ? Vous pensez que c’est lui ?<br />
&#8212; Peut-être ! Vous devriez voir un médecin, Madame.<br />
&#8212; Ce n’est pas nécessaire. Il ne m’a pas touchée, j’en suis sûre.<br />
&#8212; Pourtant, quand on vous a trouvé, les apparences&#8230;<br />
&#8212; étaient sans équivoque, je vous l’accorde, mais&#8230;<br />
Les mots s’arrêtèrent sur mes lèvres ; ne pas dire n’importe quoi de préjudiciable à Karim. Je ne voulais pas l’enfoncer. Il ne vivait pas dans le même monde que nous. Est-ce que ces hommes étaient capables de le comprendre ? L’un d’eux vint s’assoir sur le coin de la table :<br />
&#8212; Qu’espériez-vous, Madame Legallec ?<br />
&#8212; Karim souffre d’une affection mentale importante. Je suis responsable de lui&#8230; et donc, de ses actes. Je ne vois pas où vous voulez en venir.<br />
&#8212; A quoi jouiez-vous avec lui ?<br />
&#8212; Mais à rien, qu’est-ce que vous voulez insinuer !<br />
Mes joues durent s’empourprer devant le sous-entendu et je mis à bégayer fébrilement Mon trouble ne l’arrêta pas :<br />
&#8212; N’aviez-vous pas en tête de récupérer son héritage ?<br />
&#8212; Vous délirez, qu’est-ce que vous allez imaginer&#8230;<br />
&#8212; Un coup monté !<br />
Il avait lâché sa phrase comme le bruit sec d’une branche cassée sous un pas furtif et épiait la réaction sur mon visage.<br />
&#8212; Non mais ça va pas !<br />
&#8212; Vous avez emmené Karim Alouche dans cette maison pour le faire accuser de viol avec la complicité de votre mari. Vous comptiez certainement lui ponctionner une partie de sa fortune en l’accusant de préjudice sexuel. Malheureusement pour vous, le bougre s’est défendu&#8230;<br />
&#8212; Vous êtes malades !<br />
&#8212; Pas nous mais lui si ! Vous vouliez profiter de son infirmité pour vous remplir les poches !<br />
&#8212; ça n’a pas de sens, vous dîtes n’importe quoi !<br />
&#8212; Soit ! Expliquez-nous, alors, la présence de Monsieur Legallec dans la cave ?<br />
L’enquêteur s’était rapproché pour poser sa question encore plus brutalement que les précédentes. J’ouvris de grands yeux ébahis et bafouillai de stupéfaction :<br />
&#8212; Youenn ?&#8230; dans la cave ?&#8230; chez Rastignac ?&#8230; c’est impossible !&#8230; je ne comprends pas !&#8230; il travaille en ce moment, au garage !&#8230; vous devez vous tromper !&#8230;<br />
Le policier m’exhiba un portefeuille à dix centimètre du visage :<br />
&#8212; A moins qu’un parfait sosie ne lui ait volé ses papiers, le doute n’est pas permis.<br />
Le nez sur la carte d’identité, je tombais des nues. Des questions se percutaient en masse dans ma tête douloureuse. Que venait faire mon mari dans cette histoire ?<br />
&#8212; Vous lui avez demandé ?<br />
&#8212; Non, pas encore, il est en observation à l’hôpital.<br />
&#8212; Qu’est-ce qu’il a, m’alarmai-je ?<br />
&#8212; Rien de grave ! Il passe une série d’examens pour s’assurer que tout va bien.<br />
&#8212; Dieu merci. Vous avez appelé son patron ?<br />
&#8212; Évidemment !<br />
Il fallait que je me ressaisisse. De victime, je me retrouvais coupable dans une histoire abracadabrante. Je devais essayer de me disculper :<br />
&#8212; Ecoutez messieurs, il n’a jamais été dans mes intentions de porter plainte, ni maintenant ni jamais. Karim est comme un parent pour moi, depuis le temps que je m’occupe de lui. Je ne comprends rien à cette histoire et je vous rappelle que l’on m’a frappée, ligotée et bâillonnée.<br />
&#8212; Une mise en scène étudiée, mais cela s’est mal passé. Apparemment, votre patient ne s’est pas laissé faire, rétorqua-t-il avec une pointe d’amusement dans la voix.<br />
&#8212; Comment ça ?<br />
&#8212; Nous avons retrouvé votre mari et Karim Alouche inanimés dans le sous-sol de la maison. Apparemment, ils se sont battus.<br />
&#8212; Battus ! Non, Karim est incapable de se défendre.<br />
&#8212; N’a-t-il pas brusquement changé après sa récente agression ?<br />
Décidément, ils n’avaient pas perdu leur temps, ces deux là. Ils en savaient déjà beaucoup sur tout le monde.<br />
&#8212; Bien sûr, je reconnais qu’il se comporte différent depuis mais de là à en faire un violeur&#8230;<br />
En disant ces mots, certains détails me revenaient en mémoire : son changement d’attitude au centre, à l’enterrement, ses regards fugitifs et ses phrases fugaces pleines d’à-propos. J’enchaînais sa défense avec conviction et sincérité :<br />
&#8212; Si c’est le cas, il n’est pas responsable vous savez. Jamais je ne porterai plainte contre lui, quoique qu’il fasse. Vous vous trompez sur toute la ligne. Karim ne mérite pas qu’on lui fasse de mal. Je vous jure que c’est la vérité.<br />
Les deux flics se consultèrent d’un air entendu :<br />
&#8212; Dommage, ce mobile paraissait intéressant. Mais comme tout le monde ne fait que des éloges de vous et votre directeur confirme l’objet de votre déplacement dans cette maison à la demande de Karim, nous sommes obligé d’envisager une autre hypothèse sur la présence de votre mari en ces lieux, sans pour autant oublier définitivement la première. D’après le responsable d’atelier du garage, il effectuait l’essai d’une véhicule après sa révision comme de coutume. En passant par hasard dans la rue, il a aperçu votre voiture dans la cour. Inquiet ou par curiosité, il est entré à l’intérieur et a surpris Alouche en train d’abuser de vous. Un sacré coup de chance qui expliquerait que votre agresseur n’est pas eu le temps de vous violer ! En se voyant surpris, celui-ci a essayé de se réfugier à la cave pour échapper à votre mari qui l’a poursuivi. S’en est suivi une bagarre, ils se sont apparemment neutralisés l’un l’autre.<br />
&#8212; Cela me paraît plus plausible que vos accusations, lâchais-je pourtant sans enthousiasme.<br />
&#8212; Avouez que l’intervention de votre époux est une coïncidence dure à avaler. Heureusement, un autre fait plaide en votre faveur : dés son réveil dans l’ambulance, Karim Alouche est devenu fou à lier. On a été obligé de l’enfermer dans une cellule avec une camisole. Ce qui confirme bien qu’il est devenu incontrôlable.<br />
Les larmes me montèrent aux yeux :<br />
&#8212; Ce doit être horrible pour lui, je peux le voir ?<br />
&#8212; Vous n’y pensez pas ! A ce stade là, il n’est pas question qu’il demeure votre patient Madame !  Et N’oubliez pas que les marques sur votre cou montrent qu’il a également essayé de vous étrangler.<br />
Je passai la main sur ma gorge légèrement douloureuse, essayant d’imaginer une  autre impossible explication. Je n’arrivais pas à admettre qu’il ait pu faire ça.<br />
&#8212; Ce n’est pas Karim, impossible&#8230; Qu’allez-vous faire de lui ?<br />
&#8212; C’est devenu un cas extrême. Les coups qu’il a reçus ont déclenché chez lui une véritable folie furieuse. Nous avons demandé l’assistance de spécialistes. Ils vont l’emmener à l’asile le plus proche. Il n’y a pas d’autre solution. Le juge a donné son accord, votre directeur également. De plus, il va bientôt être majeur&#8230;<br />
Je me pris la tête à deux mains :<br />
&#8212; Mais vous ne pouvez pas faire ça, il est handicapé, il ne comprend pas ce qu’il se passe ! Laissez-moi lui parler.<br />
&#8212; Madame, n’oubliez pas ce qu’il a essayé de vous violer et de vous tuer. Il est impossible de l’approcher dans son état ! Les médecins nous ont bien recommandé : aucun contact avant sa prise en charge.<br />
Un long hurlement monta des entrailles du commissariat, qui semblait m’appeler :<br />
&#8212; uulllliiiiiiie&#8230;<br />
Je frissonnais d’effroi.<br />
&#8212; Vous voyez, me confirma le flic, il est devenu complètement cinglé. Le fait que vous le voyez derrière des barreaux ne ferait qu’empirer les choses. Accompagnez-nous à l’hôpital et inquiétez-vous plutôt du sort de votre mari.<br />
J’obtempérai malgré moi. Ils m’embarquèrent dans leur voiture banalisée. Une fois sur place, ils me firent encore patienter dans la salle d’attente pendant qu’ils interrogeaient une nouvelle fois Youenn. Quand ils m’autorisèrent enfin à pénétrer dans la chambre, ceux-ci faisaient la moue :<br />
&#8212; Désolé, madame Legallec, votre mari semble souffrir d’une perte de mémoire et ne veut ou ne peut toujours rien nous dire. Nous espérons qu’en vous voyant, cela le débloquera. D’après les médecins, on l’a drogué.<br />
&#8212; Drogué ?<br />
&#8212; Un truc pour les animaux retrouvé dans son sang. La combinaison des coups et du somnifère pourrait en partie expliquer son amnésie.<br />
&#8212; Mais qui&#8230;<br />
&#8212; Karim Alouche !<br />
&#8212; Mais il n’a aucune conscience de l’utilité de tels médicaments !<br />
&#8212; Vous croyez ? Qui d’autre, vous peut-être ?<br />
&#8212; Assommée et ligotée, je ne vois pas comment&#8230;<br />
&#8212; Comment se porte votre mariage,  madame Legallec ?<br />
Je reculai interloquée :<br />
&#8212; Vous n’allez pas recommencer. Vous n’imaginez tout de même pas que j’étais&#8230; consentante ?<br />
&#8212; Reconnaissez que tout cela demeure bien mystérieux ! Nous comptons sur vous pour nous apportez des éclaircissements ou si la mémoire revient à votre mari&#8230; Et dans le cas ou vous auriez oublié de nous dire quelque chose.<br />
Sous le choc, je pénétrai dans la pièce, suivie de près par les policiers. Youenn me tournait le dos. Il regardait le ciel par la fenêtre, assis dans un fauteuil. Jamais, je ne l’avais jamais vu aussi calme. Je m’approchai doucement, ne sachant quelle attitude adoptée. Les relations tendues que nous traversions depuis quelques semaines ne facilitaient pas les choses. Mais il ne fallait surtout pas le montrer aux flics qui se posaient déjà bien trop de questions. Je posai tendrement la main sur son épaule :<br />
&#8212; Youenn, mon chéri, comment te sens-tu ?<br />
Il tourna la tête et leva vers moi ses yeux d’un bleu délavé :<br />
&#8212; Ju&#8230;Julie, bafouilla-t-il ?<br />
Le visage et le ton empreint de soulagement de Youenn favorisèrent le contact. Je l’embrassai sur la joue et lui pris la main. Les deux policiers derrière moi s’accordèrent à mettre entre parenthèses leur dernière hypothèse.<br />
&#8212; Merci mon amour de m’avoir secourue. On ne sait pas ce qui aurait pu arriver. C’est ma faute, je ne me suis pas méfiée. Je lui faisais tellement confiance depuis toutes ces années. Heureusement que tu passais par là.<br />
Les flics montrèrent tout à coup leur mécontentement :<br />
&#8212; Madame, laissez le parler s’il vous plaît. Ne lui soufflez pas les réponses, vous entravez l’enquête !<br />
&#8212; Ah désolé, m’excusai-je sans conviction ! Mon chéri, te rappelles-tu de quelque chose dans cette maison ? Que faisais-tu là-bas ?<br />
Youenn secoua la tête en plissant les yeux, désemparé et hagard. De toute évidence, il ne se souvenait de rien. Julie se retourna :<br />
&#8212; Vous voyez, je ne peux rien faire de plus.<br />
&#8212; Les médecins pensent le garder un peu en observation et nous espérons que son traumatisme ne sera que passager.<br />
&#8212; Et moi, m’agaçai-je ?<br />
Toute cette histoire finissait par me peser : l’agression, les insinuations des flics, leurs soupçons d’escroquerie, puis d’adultère, l’internement de Karim. Cela faisait beaucoup, même pour quelqu’un qui savait se maîtriser au quotidien.<br />
&#8212; Vous pouvez rentrer chez vous. Nous vous contacterons au besoin.<br />
&#8212; Je peux rester un moment seul avec lui ?<br />
&#8212; Non ! Les docteurs ont réclamé du repos et nous tenons à lui reposer certaines questions quand son état redeviendra  normal.<br />
La réponse ne souffrait d’aucun recours. Lasse, je me résolus à obéir malgré mon appréhension. Qu’est ce que cette histoire pouvait bien cacher ? Une bonne douche et du repos me permettraient peut-être d’y voir un peu plus clair.</p>
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